Restauration d’une photographie déchirée

Cet article traite du traitement de restauration réalisé sur une photographie déchirée de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris.

Au commencement du traitement, je disposais de très peu d’informations au sujet de cette photographie. L’auteur, les dates de prise de vue et de tirage sont inconnues, l’image représente un paysage urbain mais la ville n’est pas identifiée. L’identification de la technique photographique employée : un tirage sur papier salé albuminé, m’a permis de dater le tirage.

Contexte historique et technique

La technique de tirage des papiers salés albuminés a été employée pendant la période de transition entre le tirage sur papier salé (1840-1855) et celui sur papier albuminé (1850-1900).

Les tirages sur papier salé ont été inventés en 1840 par W. H. Fox Talbot, à l’origine pour réaliser des négatifs, puis pour des tirages positifs. Il s’agit d’une feuille de papier sensibilisée avec du chlorure d’argent. L’image se forme par noircissement direct, lors de l’exposition du papier à la lumière (contrairement aux tirages gélatino-argentiques à développement).

ENSBA - Avant traitement - Photographie déchirée - Aspect de surface
Aspect de surface légèrement satiné du papier salé albuminé

En 1950, L. D. Blanquart-Evrard utilise l’albumine, obtenue à partir des blancs d’œufs, pour améliorer les tirages sur papier salé. Le papier est recouvert d’une couche d’albumine contenant le chlorure d’argent photosensible. Le tirage obtenu ainsi a un aspect semi-brillant (satiné) et une image de meilleure definition, contraste et densité.

Dans le cas des papiers salés albuminé, l’albumine est employée comme un agent d’encollage additionnel dans le bain de salage (chlorure de sodium), elle ne forme pas une couche distincte du papier. De ce fait, le tirage est légèrement satiné au recto et au verso. Cette technique de tirage a été employée principalement en Europe.

Note : Dites moi dans les commentaires si vous souhaitez plus d’articles sur les techniques photographiques. En attendant, je vous conseille la lecture du Graphic Atlas (uniquement en anglais) ou de Lingua Franca (bilingue, mais plus succinct).

Altérations

Les altérations présentes sur cette photographie peuvent être divisées en deux catégories : celles causées par des réactions chimiques et celles d’origine mécanique – lors des manipulations.

Altérations chimiques

ENSBA - Avant traitement - Photographie déchirée - Retouche
Retouche originale du tirage

Tout d’abord nous notons que l’image est fortement jaunie et affaiblie. Cette modification de la tonalité originale de la photographie est d’autant plus visible dans les zones ou le tirage a été retouché. En effet, la retouche originale est de couleur beaucoup plus foncée que le reste du tirage. Ces points de retouche nous donnent une idée de la possible tonalité du tirage avant dégradation. Cependant, il est nécessaire d’être prudent car le médium de retouche a également pu changer de couleur au cours du temps.

La cause du jaunissement et de l’affaiblissement peut être multiple, il n’est pas toujours évident de l’identifier : un mauvais traitement lors de la fabrication du tirage (lavage et/ou fixage), l’humidité, l’exposition à la lumière, les polluants atmosphériques, ou une combinaison de ces facteurs.

Altérations mécaniques

ENSBA - Avant traitement - Photographie déchirée - Plis bord inférieur
Avant traitement – le bord inférieur a été plié plusieurs fois, le papier est cassant.

Le deuxième type d’altérations a été causé par les manipulations de la photographie. Le bord inférieur a été plié plusieurs fois, le papier est devenu cassant et fragile, et quelques fragments sont détachés du tirage.

La photographie a également été déchirée à diverses reprises, les deux principales déchirures sont celles de 20 cm de long, au centre du tirage. L’une d’entre elle a été réparée avec une bande de papier gommé. Cette ancienne réparation a créé des tensions dans le tirage à cause de l’apport d’humidité de l’adhésif – la gomme arabique. Le tirage est aujourd’hui gondolé au niveau des anciennes réparations.

Ces altérations sont très visibles en lumière rasante.

Traitement de conservation et restauration

Nettoyage

La première étape d’un traitement de restauration est toujours le nettoyage. En effet, si nous réalisons un traitement avec de l’eau ou des solvants sur une photographie encrassée, les salissures vont s’imprégner dans le papier et nous ne pourrons plus les retirer.

Pour cette photographie, toutes les méthodes de nettoyages possibles modifiaient l’aspect de surface légèrement brillant du papier. Certaines tâches n’ont donc pas été retirées afin de préserver l’aspect de surface original du tirage. Il est important que l’action du restaurateur n’endommage pas les éléments originaux de la photographie, comme son aspect de surface ou sa couleur.

Retrait des anciens papiers de renfort

Une fois le tirage nettoyé, j’ai procédé au retrait des anciens papiers de renfort. Comme indiqué précédemment, la gomme arabique est un adhésif aqueux, sensible à l’apport d’eau. J’ai donc utilisé un cataplasme à base d’eau pour ramollir la gomme et retirer le papier de renfort.

Reparation de déchirures et comblement de la partie manquante

La pièce centrale de la photographie est toujours solidaire du reste du tirage sur 0,5 cm et peu déformée. Il a donc été assez facile de la recoller à son emplacement d’origine.

Une fois que j’ai eu réparé toutes les déchirures et renforcé tous les plis, j’ai réalisé une pièce de comblement pour la petite partie manquante du bord droit.

La photographie est alors totalement réparée et consolidée, cependant le papier reste très fragile et cassant. J’ai donc décidé de doubler le tirage avec un fin papier Japonais afin de lui apporter du soutiens et d’éviter de plus amples dégradations lors de futures consultations à l’ENSBA. Pour terminer, la photographie a été mise a plat.

Pour conclure, ce traitement de conservation et restauration a été très gratifiant car il y a une grosse différence visuelle avant et après traitement, ce qui n’est pas toujours le cas en restauration de photographies.

J’espère que vous avez apprécié la lecture de cet article. Si vous avez des questions, laissez les moi dans les commentaires, je me ferais un plaisir d’y répondre dès que possible.

Vous avez une photographie déchirée ? Contactez-moi, je peux vous aider.

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